Balades à Commanster

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Dimanche 6 octobre 2013
Guide : Jim Lindsey

Nous sommes une trentaine au rendez-vous pour vivre une magnifique journée automnale, garantie par les conditions météo idéales et surtout par la compétence de notre guide du jour. Car avec Jim, on n'est jamais déçu : itinéraire varié et quantité d'observations intéressantes rehaussées par le détail scientifique pointu.

De plus, une pluie bienfaisante toute récente a stimulé la croissance des champignons. Une kyrielle d'amanites tue-mouche décore le sous-bois et les bords des chemins, stimulant l'enthousiasme des "Curieux Bokets" du groupe. Car Alexandre, Timothy et Jessica sont de la partie pour secourir Grandpa Jim quand il simule une défaillance de sa mémoire...

L'itinéraire est ponctué de divers arrêts que notre guide illustre de commentaires en rapport avec les curiosités de l'endroit.

- Un ruisseau, des arbustes chargés de fruits d'automne, le paysage ouvert sur les prairies, la forêt aux essences variées...
- Evolution de la végétation au fil des saisons, l'apparition des bourgeons en automne, les raisons de la chute des feuilles.
- Le pourquoi de la migration ou du sédentarisme des oiseaux (on entend le pipit farlouse et le cassenoix moucheté) et la relation avec le régime alimentaire de l'oiseau.
- La fougère aigle présente sur tous les continents sauf Antarctique et, en quelque sorte, liée à l'intervention de l'homme dans la nature.
- La différence entre le cycle de la guêpe et celui de l'abeille domestique.
- L'ordre de retour de la végétation spontanée dans une coupe à blanc et la durée de conservation des graines dans le sol.
- La suppression de la végétation arbustive au bord des ruisseaux qui n'est pas, de l'avis de notre guide, nécessairement la meilleure solution pour assurer la vie dans l'eau ; car l'ombre maintient la fraîcheur de l'eau en été et donc un taux d'oxygène plus élevé.
- Et les préjugés concernant l'épicéa : si l'homme ne l'avait pas empêché, il serait présent chez nous au même titre que le bouleau, mais il n'atteindrait pas une valeur économique appréciable.
- L'activité de l'insecte calibrée avec la hausse de température même si on peut observer la Trichocère hivernale (Trichocera hiemalis) en activité sur la neige.
- Et on repère un ichneumon (Dolichomitus imperator) qui fore un trou dans le bois mort pour déposer sa ponte sur une larve de coléoptère. On verra encore un staphylin en fuite au sol (0cypus olens).
- La curieuse migration des insectes comme les papillons Belle Dame (Vanessa cardui) et Lambda (Autographa gamma) au vol très rapide.

Avec Jim, tous les aspects des sciences de la nature sont abordés et toujours de manière concrète.

Les mycologues furent à la fête : une quantité étonnante de cèpes (Boletus edulis) qui font saliver les gourmets, clitocybe nébuleux (Clitocybe nebularis), collybie beurrée (Rhodocollybia butyracea), tubaire furfuracée (Tubaria furfuracea), lépiote élevée (Macrolepiota procera), gymnopile pénétrant (Gymnopilus penetrans), bolet chrysenteron (Xerocomus chrysenteron), bolet rude (Leccinum scabrum), paxille enroulé (Paxillus involutus), collybie des chênes (Gymnopus dryophilus), amanite fauve (Amanita fulva), amanite rougissante (Amanita rubescens), amanite citrine (Amanita citrina), russule émétique (Russula emetica), russule de fiel (Russula fellea), russule ocre et blanche (Russula ocroleuca), tricholome rutilant (Tricholomopsis rutilans), cortinaire semi-poilu (Cortinarius hemitrichus),cortinaire pailleté (Cortinarius palaceus), cortinaire des chiens (Cortinarius caninus), cortinaire violet (Cortinarius violaceus), cortinaire camphré (Cortinarius camphoratus), pholiote changeante (Kuhneromyces mutabilis), hypholome à lames enfumées (Hypholoma capnoides), Lycogala epidendrum, Heterobasidion annosum, lactaire trivial (Lactarius trivialis), lactaire des épicéas (Lactarius deterrimus), clitopile petite-prune (Clitopilus prunulus), hypholome marginé (Hypholoma marginatum), clavaire crépue (Sparassis crispa), clavaire en crête (Clavulina cristata), une pezize (Peziza sp !), une ramaire (Ramaria sp !) et bien d'autres que ma mémoire... (Merci à Guido, Eric et Gene pour les identifications délicates).

Et, cerise sur le gâteau ! Ces curiosités que Jim nous fait découvrir :

- Hypomyces chrysospermus (parasite des boletales, sorte de moisissure poudreuse blanche qui en vieillissant donne une mousse jaune) ;
- Marssonia betulae (champignon sur feuille de bouleau) ;
- Valdensinia heterodoxa (champignon en croûte sur myrtille) ;
- Exobasidium vaccinii (galle due à un champignon qui fait rougir la feuille de l'airelle).
- Erysiphe alphitoides qui provoque l'oïdium sur feuille de chêne.
En réponse à la question d'un participant au sujet des "petits vers" qui infestent les champignons à partir du stipe, Jim explique qu'il s'agit de larves de petits diptères de Mycetophilidae.

Tout cela méritait bien la cervoise traditionnelle. Et un grand merci à notre guide et à tous ceux qui ont contribué à la réussite de cette journée.

Gabriel Ney

Jim nous emmènera dans la campagne autour de Commanster et vers le Grand Bois, pour une série d'observations diverses et passionnantes, comme d'habitude.

Dès le départ, le cassenoix moucheté survole notre groupe et nous salue de son cri si caractéristique.

Pour les plus jeunes de ses auditeurs, nombreux aujourd'hui, Jim rappelle quelques généralités, par ailleurs bien utiles à tous :
- l'eau est la plus dense à 4° et puis devient plus légère ; les cristaux qui se forment au-dessus permettent la vie en-dessous. Dans le ruisseau, l'eau ne gèle pas.
- Les champignons que nous observons ne sont que les fruits, nous en déterminerons plus d'une vingtaine dont les noms se trouvent ci-après.
- Les bourgeons des arbres sont là avant l'hiver, on peut déjà les observer.

Bergeronnette grise, Pipit farlouse.
Pourquoi les oiseaux partent-ils vers d'autres cieux ?
Pour trouver de la nourriture qui se fait rare par temps de gel ; parmi ceux qui restent, certains ont une seule nichée et peu d'oeufs, c'est donc plus périlleux de rester que de partir.
On observe actuellement peu de bondrées de retour ; la bondrée se nourrit principalement de guêpes (qui seraient en diminution?) ; elle migre loin en Afrique, les adultes partent avant les jeunes.

De nombreux arbustes fournissent des baies comestibles pour tous les oiseaux : sureau, sorbier... Les graines se retrouvent dans les excréments et se développent ensuite.

La fougère Aigle : les racines restent en hiver et le long du talus, la fougère n'est qu'une seule plante, comme un arbre couché. Elle se reproduit par clonage et se retrouve sur tous les continents, sauf en Antarctique. De très nombreux insectes se retrouvent sur la fougère Aigle, par exemple, 6 sortes de Mouches à scie pondent leurs oeufs sur elle.

Distinction entre plantes vivaces et annuelles : pendant l'hiver, les plantes vivaces restent, tandis que les annuelles disparaissent. Comment alors, reviennent-elles l'année suivante ? Par les graines ; il y a donc une grande différence entre les graines des annuelles et des vivaces. Si les conditions sont mauvaises, les graines gèlent. Les graines des annuelle doivent donc durer plus longtemps qu'une saison.

Pourquoi les arbres perdent-ils leurs feuilles ?
- il y a moins de soleil
- pour ne pas perdre trop d'eau
Les épicéas perdent leurs aiguilles toute l'année.

Un joli coin bien dégagé nous accueille pour le pique-nique, toujours bienvenu.

Après-midi, nous passons à l'endroit d'une mise à blanc : les graines se retrouvent au sol et peuvent rester longtemps enfouies.

La Canche flexueuse était là avant les arbres. Epilobe, genêt à balai, bouleau, myrtilles, hêtre : les plantules vivent très longtemps sans lumière, en-dessous des adultes, et peuvent résister 40 ans. Dès qu'il y a une clairière avec de la lumière, cela démarre et pousse très vite. La lumière peut pénétrer jusqu'à 2-3 cm si la graine est dans le sol.

Nous sommes devant le ruisseau de Bêche : sur les berges, la végétation a été coupée. Jim n'est pas tout à fait d'accord avec ce genre de gestion : tous les ruisseaux et rivières ont des arbres au bord, partout dans le monde :
- l'eau est plus fraîche en été s'il y a des arbres ; plus l'eau est chaude, moins il y a d'oxygène ; et au contraire, si le ruisseau et protégé par les arbres, il reste plus chaud en hiver ;
- rien ne tombe dans l'eau, il y a moins de nourriture :
- quand il y a des branches, l'eau coule moins vite

Dans les grandes forêts (Canada, USA), on ne peut pas couper les arbres avant 50m du bord du ruisseau.

Un résineux abrite un millier d'insectes différents, sans compter les oiseaux. L'épicéa ne devrait pas être en concurrence avec le hêtre et le chêne, il devrait être en milieu humide, avec les bouleaux, par ex. Il aurait été présent, même si on ne l'avait pas implanté.

Voici un noisetier : le cassenoix vient de l'est de l'Europe : il cache les fruits du pin pour l'hiver et ici, les noisettes dans les épicéas. Idem pour le geai avec les glands du chêne.

Migration des insectes : certains migrent depuis l'Afrique. Ex. : le papillon Belle-Dame. Il y a 4-5 ans, il y en a eu des millions pendant quelques semaines. Les oiseaux font un aller/retour, les insectes pas : ils arrivent, pondent les oeufs et ce sont les jeunes qui retournent.

Papillon jaune Colias crocea - le Souci.

Voici le Staphylinus olens, petit coléoptère noir qui, lorsqu'il est dérangé, prend une attitude menaçante en redressant l'extrémité de son abdomen, tel un scorpion !

Parmi les Hyménoptères, les Ichneumons sont des parasites : avec le dard, la femelle fait un trou dans le bois jusqu'à une larve : elle dépose un oeuf dessus et sa propre larve entre dans celle du coléoptère et la mange.

Champignons rencontrés : Cèpe de Bordeaux, Clitocybe nébuleux, Fausse chanterelle, Lépiote,
Cystoderme, Bolet, Amanite fauve, Amanite citrine, Amanite fausse-oronge, Hypholome en touffes, Russule, Laccaire améthyste, Cortinaire violet, Paxille enroulé.
Champignon sur aiguille d'épicéa : Gymnopus perforans.
Champignon sur feuille de chêne : Erysiphe alphitoides
Suplateritum, couleur de brique.
Peziza michelii
Hypholoma marginatum
Clitocybe fragrans, à odeur d'amande
Clavulina cristata
Ramaria sp
Champignon qui attaque les myrtilles : Valdensia heterodoxa
Champignon qui attaque le bouleau : Marsonina betulae

On remarque encore le lichen Cladonia, intégralement protégé et une ponte de punaise superbe sous la loupe (merci Eric!).

Fin de cette journée riche en observations au château de Commanster et merci à Jim !

Nicole Tefnin


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