Balades à Commanster

[14 mai 2016], [11 juillet 2015], [28 juin 2014], [6 octobre 2013], 11 mai 2013, [28 juillet 2012], [25 juin 2011], [15 mai 2010], [4 juillet 2009], [21 juin 2008], [19 mai 2007], [8 juillet 2006]


Samedi 11 mai 2013
Guide : Jim Lindsey

Un classique de la Trientale : cette année, nous ne passerons pas par la réserve car l'itinéraire couvrira toute la journée dans le Grand Bois. Jim nous a invités début mai : avait-il prévu que les Saints dits de glace seraient à la hauteur de leur mauvaise réputation ?

Alexandre, Timothy et Jessica témoignent déjà d'un bel intérêt pour la nature et surtout transportent les livres qu'ils ont choisis pour secourir Grand-Pa quand il simule une défaillance de sa mémoire...

Un premier exercice au sortir du village consiste à recenser les oiseaux. Puis un peu de botanique pour expliquer, à partir des fleurs printanières (tussilage, pissenlit, pâquerette, cardamine), la pollinisation et les moyens de défense de la plante contre un milieu agressif ; notamment par dégagement d'une substance chimique à la morsure de la chenille. Mais aussi comment l'insecte peut s'y adapter, comme le piéride sur les brassicacées. On constatera aussi que le rumex en forêt est moins attaqué par les chrysomèles et les champignons. Moyens de défense de l'arbre aussi : apparition des feuilles plus ou moins précoce sur certains spécimens, conséquence de la variabilité génétique ; dégagement de tanin par le chêne. Encore des commentaires détaillés sur les problèmes de gestion dans les réserves naturelles ou ailleurs pour souligner que l'intervention de l'homme peut être judicieuse mais aussi maladroite.

L'itinéraire caracole par les chemins qui quadrillent la forêt pour arriver à la petite réserve où le coup d'oeil a changé car le DNF y a entrepris des travaux de désenrésinement. On observe les plantes classiques du milieu fagnard : canneberge, airelle, bruyère quaternée, sphaigne, narthécie, linaigrette, Dactylorhiza maculata, certes à l'état printanier tardif. Ailleurs, pour les botanistes, il y aura la luzule champêtre, la potentille tormentille, le fenouil des Alpes, le lichen Cladonia furcata (qui ressemble au lichen des rennes), Carex pilulifera, le genêt d'Angleterre, la barbarée, la violette de Rivin, la violette des marais, la véronique des ruisseaux...

Un tronc abattu retient notre attention par les minuscules amas de sciure qui le parsèment : il s'agit du travail des scolytes. Jim en identifie deux : Ips typographus et Trypodendron lineatum [Xyloterus lineatus]. Il y aura aussi ce petit mycène, Mycena silvae-nigrae, une première observation sur ce site.

Nous prospectons les abords du plan d'eau dont les berges sont maintenant aérées ; ce ne serait pas nécessairement positif. Notonecte, gerris, cicindèle : Jim nous explique les différents stades du développement des insectes comme libellules et éphémères. Dans les ornières gavées d'eau, il y a une quantité de tritons alpestres et des larves de vers de vase du genre Chironomus. Sans oublier l'araignée Pardosa amentata.

Les ornithologues ont pu voir et/ou entendre une belle variété d'oiseaux : milan royal, fauvette grisette, fauvette à tête noire, verdier, locustelle tachetée, pic noir, pouillot fitis, pouillot siffleur, mésange noire, pigeon colombin, grive draine, grive musicienne...

Et nous gagnons l'altitude 595, ligne de partage des eaux Meuse-Rhin soulignée par les bornes Prusse-Belgique et d'où les eaux de pluie ruissellent dans deux directions vers Commanster avant de se rejoindre par le Glain. Des Douglas impressionnants, une fourmilière de Formica polyctena (fourmi rousse forestière), encore un plan d'eau, la route de Rodt et une averse glaciale pour nous faire apprécier d'autant le point final et la cervoise, autre classique, au château du village. Avec en mémoire cette réflexion : on ne connaît bien de la nature que ce que l'on considère comme nocif ! Réflexion de notre guide qui comme à son habitude n'a pas ménagé, dans des biotopes divers, observations et commentaires sur l'écologie et la relation entre plantes, champignons, insectes et animaux.

Gabriel Ney

Sur l'ancienne frontière Belgique-Prusse, le village de Commanster (+/- 70 habitants) compte encore 4 ou 5 fermes actives et 2 ou 3 actives à mi-temps. Soit un milieu bien vivant et une variété importante de plantes et d'insectes, grâce au pâturage permanent.

Nous sommes très nombreux à suivre Jim dont les balades font toujours descendre la moyenne d'âge, grâce cette fois à Alexandre, Timothy et Jessica qui, comme d'habitude, prendront une part active aux événements.

Je livre ici quelques observations mais il y en eut d'autres...

Tussilage, Pâquerette, Pissenlit (Taraxacum) : il est né, dit-on, de la poussière soulevée par le char d'Helios, le dieu soleil ; très utile pour les insectes car il fleurit tôt. Oxalis Pain-de-coucou (Oxalis acetosella) aux jolies fleurs blanches veinées de pourpre : dissémination mécanique des graines qui sont expulsées à maturité comme, par ex., pour le Genêt. Alliaire officinale (Alliaria petiolata) à forte odeur d'ail quand on froisse la feuille ; on peut l'utiliser finement hachée dans les salades et là où l'on prendrait de l'ail ou de la moutarde (les Anglais, toujours pratiques, l'appellent d'ailleurs Garlic mustard).

Jim souligne l'avantage des haies qui permettent de retrouver à la fois des plantes des bois et des prés.

Anémone des bois (Anemone nemorosa) qui pousse en groupes ; les fleurs se replient, tête en bas, sous la pluie et quand vient la nuit.
On aperçoit les feuilles de la Bistorte (Persicaria bistorta).
Cardamine des prés (Cardamine pratensis), bien connue, aux fleurs mauves ou blanches.
Cardamine des bois (Cardamine flexuosa).
Cardamine hérissée (Cardamine hirsuta).
Alchémille commune (Alchemilla vulgaris).
Ficaire (Ranunculus ficaria).
Renoncule âcre (Ranunculus acris).
Champignon Fomitopsis pinicola ; certains champignons vivent aux dépens d'autrui (parasites), d'autres utilisent le carbone contenu dans les restes +/- décomposés (saprophytes).

On (enfin, Jim) repère le chant de la Locustelle tachetée : trille vibrant, comme une stridulation d'insecte. Fauvette grisette, Fauvette à tête noire, Pouillot fitis, Mésange noire.

Les plantes se protègent de plusieurs façons :
dégagement de substance chimique quand la chenille mord. Ex : le Chou qui se protège contre les larves de la Mouche à scie. Mais l'insecte s'y adapte parfois, comme la Piéride sur les brassicacées.
En forêt, le Rumex est moins attaqué par les Chrysomèles et par des champignons (Ramullaria rubella entre autres).
Le chêne dégage du tanin.
Pour une même espèce, l'apparition des feuilles est +/- précoce sur certains individus (variabilité génétique).

Jim embraye sur la gestion des réserves naturelles qui lui paraît parfois maladroite.

Milan royal au-dessus de nous. Trous ovales creusés par le Pic noir. Pigeon colombin, Grive musicienne, Grive draine.

Pensée sauvage (Viola tricolor). On verra plus loin : Violette de Rivin (Viola riviniana) et Violette des marais (Viola palustris).

Chant sonore du Pouillot siffleur (il fait son nid au sol). La Mésange huppée et la Mésange boréale font elles-mêmes leur trou dans une cavité de bois mort.

Dans les ornières remplies d'eau, on trouve la larve aquatique ("ver de vase") d'un moucheron Chironomus. Certains insectes passent par les stades oeuf-larve-adulte (métamorphose), d'autres naissent identiques à l'adulte, mais en miniature.

Une autre piscine-ornière est habitée par de nombreux Tritons alpestres au vente orange.
Polypores du bouleau. Belle trace de blaireau sur le chemin boueux.

Sur un tronc abattu, de petits amas de sciure captent l'attention : c'est le travail des scolytes Ips typographus et Trypodendron lineatum (Xyloterus lineatus). Première observation de Mycena silvae-nigrae à cet endroit. Araignée (Pardosa amentata).

Visite à un plan d'eau dont les berges ont été fortement dégagées. Ici aussi, on se pose la question : est-ce vraiment bénéfique ? Notonectes, Gerris, larves de Phryganes. Cicindèle.

Arrêt pour le pique-nique... la pluie s'annonce... c'est la course vers le couvert des feuillus ou sous les épicéas... le temps est très frais pour la mi-mai... on adresse quelques gentillesses à St Pancrace...

Jim nous conduit vers un étang et une petite réserve où le DNF a entrepris des travaux de désenrésinement. On y retrouve les plantes typiques de ce milieu : Linaigrette vaginée (épi solitaire), Linaigrette à feuilles étroites (3 à 8 épis), Callune, Bruyère quaternée, Myrtille, Airelle, Canneberge, Orchis maculé (Dactylorhiza maculata), Narthécie (Narthecium ossifragum) "dont la fleur jaune vif (juin-août) vaut bien l'orchidée", dit le guide. La Trientale y a également été observée. Polytric élégant, Sphaignes, plusieurs Carex.

Le long du chemin herbeux : Lichen des rennes (Cladonia furcata), Prêle, Fenouil des Alpes : on goûte : évocation d'un bar grillé au fenouil...), Genêt d'Angleterre, Luzule champêtre, Potentille tormentille, Barbarée, Véronique des ruisseaux.

Il restera à visiter le château de Commanster (1741), moellons de schiste et pierre d'Ottré, ses belles boiseries de chêne et sa cervoise.

Grand merci à Jim et ses précieux petits acolytes, pour cette journée riche en observations dans tous les domaines !

Nicole Tefnin


Back to Ecology of Commanster