Balades à Commanster

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Commanster : la Campagne et la Réserve naturelle
Samedi 11 juillet 2015
Guide : Jim Lindsey

Encore une journée de plein soleil pour ce classique de la Trientale où nous retrouvons Commanster, ce coin de la commune de Vielsalm aux confins du Grand Bois. Jim, notre guide, a cette fois invité spécialement les enfants. Et nous sommes une trentaine, tous âges confondus, aux abords de l'église pour l'exposé initial sur l'écologie, avec commentaires adaptés aux plus jeunes.

Et déjà une belle surprise : quelques « tours de carrousel » que s'offre la cigogne noire au-dessus du village. Un premier arrêt aux plantes des bords du ruisseau et l'on traverse la prairie qui conduit à la réserve naturelle. Assis au milieu des enfants, Jim explique le comportement des hirondelles femelles pour le choix du partenaire mâle et l'expérience qui a permis d'en comprendre les subtilités. Plus loin, nouvelle station pour expliquer la différence et le rôle du nectar et du pollen. Et encore comment savoir ce qui stimule les plantes, comme le pissenlit, à se refermer dans l'obscurité et la fraîcheur de la nuit. Avec force détails des expériences à mener pour tirer une conclusion fiable.

Les adultes, c'est bien connu, ne sont que de grands enfants et écoutent avec autant de plaisir. Pendant que les plus jeunes titillent le guide pour l'identification des insectes repérés ou des petites grenouilles capricieuses, les plus âgés prospectent alentour : un tarier pâtre resplendissant à la pointe d'une aubépine, la menthe aquatique, la bétoine officinale, la succise des prés, la valériane officinale, le gaillet et le lotier des fanges, la renouée bistorte, le comaret...

Un coup d'oeil dans la réserve naturelle où Jim explique le mode de reproduction de ces plantes primitives sans fleurs comme la fougère, la prêle, les mousses. Et l'on revoit les classiques de ce milieu fagnard : trèfle d'eau, canneberge, rossolis à feuilles rondes, orchis tacheté, linaigrette, narthécie, Carex nigra et rostrata. Au passage, on repère les champignons Russula claroflava et Tephrocybe palustris. Et le papillon nacré de la canneberge.

Après le pique-nique bien ombragé, on retrouve le chemin qui se faufile entre les prairies gorgées de soleil. Des plantes comme la germandrée scorodoine, la campanule à feuilles rondes, la centaurée scabieuse, la linaire, une achillée millefeuille bien rose et surtout des lardoirs de pie-grièche écorcheur : malheureux bourdons empalés sur les barbelés. Jim nous signale la galerie de la larve des mineuses Phytomyza spondylii sur feuille berce et de Phytomyza senecionis sur feuille de séneçon de Fuchs.

Plus loin, un massif de fougères aigles dont le guide commente le mode de reproduction différent des autres espèces de fougères ; il nous dit encore qu'elle est naturelle sur tous les continents. Au sol, des débris de coquilles d'oeufs déposés par l'oiseau loin du nid pour écarter un prédateur éventuel.

Le chemin qui nous ramène au village nous permet d'évaluer le résultat de la gestion d'un bois d'épicéas devenu zone ouverte et de surprendre un chevreuil au fond du vallon.

Tout au long de l'itinéraire, avec l'enthousiasme qu'on lui connaît, Jim nous a commenté la relation et les échanges entre les différents êtres vivants ; pour aboutir à la conclusion que l'écologie est encore mille fois plus compliquée que les prévisions météorologiques !

Et la journée se termine par un autre classique : la cervoise, à l'ombre appréciée d'un feuillage en tonnelle et avec le clin d'oeil du milan royal. Merci à Jim pour l'attention particulière apportée aux enfants et pour ses commentaires avertis sur l'écologie, la gestion pas toujours heureuse et l'évolution des sites naturels à préserver.

Gabriel Ney

Cette année, Jim a voulu axer sa thématique sur une initiation à l'écologie destinée plus spécialement aux enfants et par cette belle journée ensoleillée, 7 enfants rajeunissent singulièrement la moyenne d'âge des 30 participants !

Dès le départ, une bonne surprise : la cigogne noire survole notre groupe : un petit jeune en plus ? Non, elle ne porte rien dans son bec !

Avant de se mettre en route, Jim donne quelques explications adaptées à son jeune public : les termes employés dans le domaine de la faune : par exemple, « mâle » et « femelle ».
Les espèces : il y a beaucoup de sujets différents dans une espèce : comment savoir si ce sont les mêmes ?
Réponse : s'ils font des bébés ensemble.
Ceux qui sont ± semblables sont de la même famille : par exemple, le chat et les lions ou le chien avec le loup ou le renard.
Pour tous, la nourriture est très importante :
- la viande, entre autres, apporte les protéines (+ de 60.000 protéines différentes dans le corps.)
- les sucres pour l'énergie (pâtes, etc.), nécessaire pour jouer !

Nous faisons un premier arrêt sur le petit pont enjambant le ruisseau qui va de Commanster vers Vielsalm et finit à Liège, dans la Meuse ! C'est un endroit humide et on y retrouve, en toute logique, les plantes qui aiment ce milieu : l'Aulne (cet arbre peut produire des nitrates), la Valériane, la Reine-des-prés.
Toutes les espèces ont 2 buts : survivre et faire des petits.

Comment survivre ?
Réponse : certaines plantes piquent, d'autres ont mauvais goût.
La reine-des-prés produit de l'aspirine (acide acétylsalicilique) qui éloigne les insectes.

Le long du sentier, d'autres plantes : Berce commune, Cirse des marais, Vesce cracca (de la famille des Pois), Cirse des champs, néfaste pour le fermier. Et un bourdon sur un Lotier ; une coccinelle sur une Ortie : la couleur rouge signifie « danger », pour éloigner les oiseaux : « je ne suis pas bonne à manger » !

Combien de couleurs peut voir l'homme ?
Réponse : 3 (rouge, vert et violet) car l'oeil possède 3 sortes de protéines ; les autres couleurs proviennent d'un mélange de ces 3 tonalités.
Les insectes peuvent aussi voir 3 couleurs (vert, violet, ultraviolet) et pas le rouge. Les fleurs blanches, pour nous, paraissent très colorées pour les insectes.
Les oiseaux peuvent voir 4 couleurs.

On observe un nid de guêpes dans un genre de large tube en métal : les guêpes mangent des insectes.
Le Pissenlit se referme la nuit, le Tournesol tourne avec le soleil. Pourquoi ?
Expérience : pendant la journée, on met une partie des pissenlits d'une prairie, sous une tente noire, pour faire l'obscurité et après quelques heures, on peut observer qu'ils se ferment.

Quand les hirondelles volent dans tous les sens, elles attrapent des insectes pour manger.
On a remarqué aussi que la femelle de l'hirondelle recherche les mâles pourvus d'une longue queue. Pourquoi ?
Réponse : cela signifie qu'il a de la force, donc il sera un bon chasseur pour nourrir les petits.

Observation d'un Tarier pâtre.
Menthe aquatique, Bétoine officinale, Succise des prés.

Jim a l'art d'adapter son vocabulaire à l'âge des très jeunes participants :
Exemple : la Renoncule : la « bosse » au milieu est la partie femelle où se trouvent les graines et tout autour, les petites tiges qui sortent sont la partie mâle avec le pollen, qui sera transporté (par le vent, les abeilles, les insectes) vers la partie femelle des fleurs.

Pourquoi les insectes vont-ils sur les fleurs ?
Réponse : pour le pollen et le nectar (sucre), pour l'énergie.

Nous entrons dans la Réserve de Commanster, avec sa flore variée :
Saule, Bouleau pubescent, Ortie, Angélique, Valériane officinale, Lotier des fanges, Mousses : Polytric commun, Sphaigne.

On voit des traces de sangliers qui ont pris un bain dans la boue pour enlever mouches et parasites et un peu plus loin, on remarque des traces de boue sur les troncs, là où ils se sont frottés pour s'en débarrasser.
Petite grenouille rousse.
Un champignon sous les bouleaux : c'est la Russule jaune noircissante (Russula claroflava).
On reconnaît la Russule à son pied qui casse comme un morceau de craie.

Nous arrivons dans un endroit naturel, qui n'a pas été modifié.
Canneberge, Orchis maculé (taches rondes sur les feuilles), Trèfle d'eau, Linaigrette à flles étroites (en graines), Laîche (Carex) : la tige est pleine, souvent trigone, Laîche noire (Carex nigra), Carex rostrata, Bistorte, Comaret, Rossolis à flles rondes (Drosera rotundifolia), Narthécie des marais (Narthecium ossifragum), Bourdaine, Prêle (les prêles sont des plantes très primitives qui étaient présentes avant les fleurs).
Champignon Tephrocybe palustris.
Papillon Nacré de la Canneberge.

Contraste : nous sommes dans un endroit géré à fond : on a voulu éliminer tous les saules.
Résultat : il y en a de plus en plus. Jim, qui n'apprécie pas ce genre de gestion, nous donne sa vision, plus naturelle et moins agressive pour l'environnement.
Epilobes en grand nombre.

Le pique-nique, toujours bienvenu, se fera dans un pré, à l'ombre des grands arbres.

Comment sait-on que ce sont les insectes qui transportent le pollen ?
Expérience : Au printemps, les pommiers sont en fleurs. On place un filet sur une partie de l'arbre et plus tard, on constatera qu'il n'y a pas de pommes sous le filet.

Parfois, les bébés insectes sont si petits qu'ils se mettent à l'intérieur des feuilles.
Ici, le bébé de la mouche Phytomyza spondylii (Larve des mineuses) sur la feuille de Berce et sur la feuille du Séneçon de Fuchs : Phytomyza senecionis.
La Fougère est une autre plante primitive sans fleurs ; les graines (spores) se trouvent endessous de la feuille.

Campanule à feuilles rondes, Anthrisque, Achillée millefeuilles (rose et blanche).
Linaire : les fleurs sont fermées pour empêcher l'entrée des insectes ; seuls, les bourdons peuvent forcer le barrage pour atteindre le nectar.
Germandrée scorodoine, Genêt à balai (les gousses éclatent à la chaleur), Tanaisie (il y a une abeille solitaire qui ne va que sur cette plante), Centaurée scabieuse.

Découverte sur un barbelé : la Pie-grièche a véritablement empalé un bourdon sur le barbelé, elle a stocké cette proie qu'elle consommera plus tard : ceci s'appelle un lardoir.

A l'orée du bois, Timothy explique comment on reconnaît un cône d'épicéa rongé par un écureuil : l'écureuil ronge le cône de bas en haut, le cône est imparfaitement « épluché », il en reste un morceau non rongé.
Jim ajoute que le bec-croisé des sapins, lui, fendille les écailles des cônes grâce à son bec en croix, chaque écaille est fendue en deux.

La Fougère Aigle : il faut se la représenter comme un arbre couché, elle se propage par les racines. On la trouve sur tous les continents sauf en Antarctique.

Il existe 6 espèces de Mouche à scie qui ne pondent que sur la fougère Aigle.
Digitales et Epilobes rivalisent de beauté avec leurs nuances de rose, du plus vif au plus délicat.

Comment le papillon trouve-t-il la bonne plante pour la chenille ?
Expérience : le chou, il goûte avec les pieds, il sent avec les antennes.
On prend une cage, on y met du chou et de la rhubarbe. On écrase une partie du chou et on met ce jus sur une partie de la rhubarbe. On introduit alors le papillon qui va directement sur le chou et sur la rhubarbe enduite de jus de chou. C'est donc l'odeur qui le guide.
Autre expérience : on met de l'huile sous les « pieds » de la moitié des papillons. Ceux sans huile vont sur le chou, les autres pas. Ils « goûtent » donc avec leurs pieds.

Poivre d'eau (Polygonum hydropiper).
Polypore oblique (Inonotus obliquus) : excroissance sur le tronc d'un bouleau causée par ce champignon.
Mauve musquée : propriétés calmantes et adoucissantes (guimauve).
Eglantier (rosier sauvage) : il est à l'origine de toutes les roses.

Pour terminer en beauté, survol du Milan royal et au fond d'un vallon, le pelage brun-roux lumineux d'un chevreuil.

Commanster sera notre point de chute avec les intéressantes boiseries du « château » et la cervoise que nous dégusterons à l'ombre, en remerciant chaleureusement Jim pour l'exercice - pas toujours facile - que représente le commentaire d'une thématique destiné à un public de 5 à 75 ans...

Nicole Tefnin


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